Inondations au 9e arrondissement de N’Djamena La peur cède la place à la précarité

Depuis deux semaines, les fleuves Chari et Logone se retirent du 9e arrondissement qu’ils ont inondé de leurs eaux depuis septembre. La psychose créée par ce qui était perçu comme une apocalypse a baissé d’un cran mais la souffrance des victimes ne fait que commencer.

Les tentes cohabitent avec des hangars sommaires


« Nous constatons que l’eau se retire mais pas aussi vite qu’elle est arrivée », dit Baïna Michel, ce chef de famille qui espérait regagner sa maison dès l’assèchement du quartier. Il a dû abandonner sa maison construite en briques de terre cuites et espère que ce matériau pourrait résister aux eaux. Hélas !
« Deux de mes trois pièces se sont écroulées une semaine après que j’ai quitté le quartier Walia. La seule qui est restée résiste encore mais je ne sais pas pour combien de temps », s’interroge-il.

Les habitations construites en poto-poto (matériaux non durables), soit 80% de l’habitat de l’arrondissement, ont été presque détruites dès les premières heures de l’inondation. Des sources paroissiales estimes à 2 30 4 maisons ont été ainsi détruites. Les maisons construites en matériaux-durs résistent, mais celles en semi-dur risquent de s’écrouler à cause de la stagnation de l’eau comme le redoute Michel.

Les inondations de 2012 ont chassé de chez elles 25 121 personnes vivantes dans 4 200 ménages, affirme Neawkoro Stephane, chargé de programmes au SECADEV pour la ville de N’Djamena. Les ménages sinistrés ayant un revenu fixe ont relocalisé leur famille dans d’autres quartiers de la ville, d’autres sont hébergés chez des parents, d’autres encore ont regagné leurs régions d’origines en provinces où les inondations avaient détruits au mois d’août champs, troupeaux et habitations. Une dernière catégorie de sinistrés, les plus démunis se sont regroupés sur leur propre initiative dans les sites ‘A’ et ‘B’ à Toukra une localité situés au sud de N’Djamena.

Les pertes des réserves alimentaires et biens domestiques sont inestimables. « La plupart des familles ont été surprises la nuit par les flots. Entre sauver leur vie et sauver les biens, ces familles ont opté pour la vie abandonnant tout derrière elles », dit l’Abbé Achille Djimwoï, Curé de la paroisse Ste. Espérance de Walia. Dans la cour qu’on vient de lui attribué au site ‘B’ de Toukra, N. Sophie faisait sécher du mil étalé sur une bâche en plastic. Elle dit que ses enfants ont sauvé de justesse cette quantité de mil du magasin avant que le bâtiment ne s’écroule. « Nous avions constitué une réserve de trois sacs et demie de mil. Nous avons difficilement réussi à enlevé un sac qui étaient d’ailleurs trempé. C’est ça que je fais sécher ».

Par la destruction des biens et le changement de cadre de vie, ces familles qui vivaient de toutes sortes de débrouilles n’ont de recours que la providence.« Avant je gérais une cabine téléphonique dans mon quartier. Les inondations ont détruit notre maison et mes équipements. Pour que recommence mes activités, il faut que je me réorganise », explique Paul, un sinistré originaire de Nguéli, l’un des quatre quartiers du 9e arrondissement. Ndakmaysou quant à lui tirait l’essentiel de ses ressources des recettes du loyer que lui rapportait sa maison de six pièces. « C’est grâce à l’argent du loyer que je vis depuis que j’ai perdu mon emploi en 2004. Ma concession a été toute détruite me laissant sans abris ni ressources financières » se lamente-t-il.

A des degrés divers, les habitants de l’arrondissement ont été affectés par les inondations de 2012. Propriétaires ou locataires, personne n’a été épargné. Ceux qui habitaient leur maison personnelle ou louaient, ont dû quitter pour louer un nouvel appartement et doivent faire face à la hausse du loyer occasionné par la diminution de l’offre. Ceux qui sont hébergés chez leurs parents font augmenter la pression sur l’espace et les ressources du ménage hôte ; ceux qui n’ont pas le moyen de louer un nouvel appartement ont trouvé refuge aux sites des déplacés sans savoir combien durera cette prise en charge. Que feront-ils si les organisations d’aide venaient à interrompre leur assistance.
Antoine Adoum GOULGUE, Le Blog du SECADEV

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