Les sinistrés de Toukra ‘B’ reçoivent la première assistance.

C’est un terrain de deux hectares environ situé à l’entrée sud de N’Djamena qui abrite les 25 000 déplacés chassés de chez eux par les inondations. D’ordinaire nu parce que non exploité, l’espace est désormais planté ça et là d’abris de fortune que les usagers de la voie publique peuvent aperçoit à distance.

Le site ‘B’ de Toukra où se sont massivement déplacées les victimes des inondations au 9e arrondissement de N’Djamena ressemble à un bivouac. Les hangars de construction sommaire cèdent progressivement la place aux tentes en plastic offertes par la mairie du 9e arrondissement. Sous ces infrastructures de fortune, les sinistrés s’efforcent d’accepter la condition de déplacés qui leur est imposée par la catastrophe. Mais dans leurs mémoires, les images du passé sont vivaces. « Je vivais en paix dans ma maison même si je n’avais pas grand-chose. Mais quelle malédiction a fait je que me retrouve dans la nature comme des bêtes sauvages », se lamente cette dame qui habitait le quartier wala Goré. Elle et trois de ses enfants se tenaient par les mains en signe de solidarité face à cette situation. « Ils ont commencé à distribuer les tentes depuis hier mais nous n’avons pas eu une seule. Je me demande suivant quels critères les gens donnent les tentes ».

Cette dame pense que son statut de veuve avec des enfants devrait faire d’elle une privilégiée. Son mari, un enseignant décédé en décembre 2005 lui a légué une maison de trois pièces qu’aucune inondation n’a visitée.
Les travailleurs humanitaires chargés d’apporter l’aide aux victimes mesurent bien les attentes des ces derniers. « Le 22 octobre, nous avons procédé pour la première fois à l’attribution des tentes aux familles déplacées. 441 tentes ont ainsi été attribuées abritant près de 2 000 personnes. Ce chiffre est bien loin de celui des personnes sans abri », affirme Ramadan Ngaba, gestionnaire du site. Il rassure que la mairie a promis 1000 autres tentes qui seront acheminer de toute urgence.
Trouver un abri, c’est bien la principale préoccupation des sinistrées. Ceux qui ont bénéficié de tentes ne sont pas mieux lotis.
« Nous avons reçu deux tentes pour une famille de 13 personnes, C’est insuffisant ! La nuit, les femmes et les enfants dorment dans les tentes, nous les hommes, nous contentons de ce hangar ».

Le besoin d’abris et de vivres est si pressant que le moindre attroupement dans un coin du site provoque un attroupement des personnes. Le 23 octobre, il y avait une distribution des cadeaux aux élèves de l’école du site. Mais cette opération a fait sortir tous les déplacés qui s’attendaient à une distribution des vivres ou des biens domestiques.
En fin de matinée, une longue queue des déplacées se forme devant le bureau du gestionnaire du site pour une distribution de mil offert par le gouvernement tchadiens. « Hier, nous avons distribué du céréale à tout les ménages. Chaque ménage a reçu un sac de mil », précise le gestionnaire du site. Pour les déplacés, cette assistance en vivre est une goutte d’eau dans la mère. « Nous avons reçu un sac de mil mais nous n’avons rien pour préparer la sauce parce que nous avons tout perdu », insiste Nodjimadji, un autre militaire retraité.

Les déplacés se plaignent aussi des conditions d’hygiène parce qu’il n’existe pas de latrines dans le site. « Pour déféquer nous allons dans la nature. C’est un grand risque de sortir la nuit car il y a beaucoup de reptiles ici », dit l’ex militaire.
L’Unicef a financé la construction des latrines ; Les fosses sont déjà prêtes mais les dalles manquent. Sur le plan santé, le site B n’a pas de dispensaire. En cas d’urgence, il faut envoyer les patients au dispensaire du site A mais la croix rouge tchadienne qui se charge de ce volet n’a pas d’ambulance pour évacué les malades. Le site ‘A’ a été ouvert le 21 septembre mais a dû être abandonné suite aux mêmes inondations.

La vie dans ce site des déplacés n’est pas vouée au désespoir. En face du campement, de petites structures commerciales se créent. Une cabine téléphonique alimentée par un groupe électrogène propose ses services (recharge de crédits et de batterie de téléphone), des boutiques construites pour la circonstance exposent des denrées de première nécessité, du sucre, du riz, du bois de chauffe, de huile. « Tant qu’il y a la vie, il y a l’espoir » dit l’adage. Le curé de la paroisse de Walia baptisée la Ste espérance s’inscrit dans cette logique qui disait dans un message aux sinistrés: « Il faut toujours espérer. Dans des situations pareilles, il ne faut se laisser gagner par le désespoir ».
Antoine Adoum Goulgué, Le Blog du SECADEV

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