Un plaidoyer en faveur des filles réfugiées

Pour la 9e année depuis leur arrivée sur le sol tchadien, les femmes réfugiées soudanaises du camp de Milé (Guereda) ont célébré le 15 mars la journée internationale de la femme. Cette célébration a donné l’occasion de faire un plaidoyer en faveur de l’évolution de leur statut.

Cheih Tidian Pouye dans son plaidoyer du 15 mars au camp de Milé

A la veille de la célébration de la journée internationale de la femme, un vent de sable avait soufflé sur la localité de Guereda et ses environnants. Le camp de Milé situé à 22 km de la ville était emmitouflé dans un brouillard glacial. A 7 heures, le camp est calme mais la fièvre festive montait dans les veines des femmes réfugiées.
Dans cette borne fontaine de la zone N°1, les filles se disputaient le tour pour constituer la reserve d’eau pour la journée, sachant qu’en raison de la fête, elles n’auront pas le temps de le faire. Cette hâte ne les empêchait nullement de parler de l’événement du jour: « Alyom it hana mara» (aujourd’hui c’est la fête de la femme), rappelle avec enthousiasme cette fillette de 8 ans en déposant son récipient sous le robinet d’où l’eau jaillissait de toute sa force. « Oui fais vite, enjoint Makha de dix ans son aînée. « Je veux vite remplir mes récipients avant d’aller à la fête». Sa grande sœur qui fait partie du comité d’organisation de la fête a déserté la maison depuis 6heures et l’a chargée de remplir tous les récipients avant d’aller fêter.
Pour ces jeunes réfugiées c’est le côté festif qui prime. Elles ne mesurent pas la portée de cet événement qu’elles s’apprêtaient à célébrer.
Mais pour les réfugiées adultes, la journée de la femme est plus une occasion de lutte pour la protection et le respect de leurs droits qu’une simple fête. « Je voudrais préciser que la journée de la femme offre à toutes les femmes, y compris la réfugiée l’occasion de conquérir plus de liberté. Ici au camp de Milé, la femme n’est pas libre, ses droits sont bafoués. Chaque année nous formulons des doléances qui sont toujours restées lettre morte. Nous voulons une fois de plus faire entendre nos voix », annonce Arapha Adama Tom Khalifa, porte parole des femmes à son arrivée à la place de la célébration.
Cette revendication sera d’ailleurs reprise dans le discours qu’elle devait prononcer devant une assistance composée d’hommes et des femmes réfugiés, mais aussi des responsables d’organisations humanitaires. La porte-parole des femmes a a exprimé l’ardent désir du retour au Darfour qui anime les femmes réfugiées. Sur un ton pathétique, elle a formulé au nom de ses sœurs cinq doléances qui appellent les un et les autres à garantir aux femmes plus de sécurité, de formation, de liberté.

L’Assistant au chef de bureau de la CNAR, Adam Ali Kourtou a présenté son plaidoyer sous forme de conseil, exhortant les hommes à laisser les filles poursuivre leur scolarisation, car, dit-il, une fille instruite sera une bonne épouse, une bonne mère et une bonne citoyenne. C’est pourquoi, les parents doivent refuser toute proposition de mariage de leurs filles avant qu’elles n’aient l’âge de 18 ans, celui de la majorité.

Le chef de bureau de l’UNHCR, Cheikh Tidian Pouye a profité de la tribune offerte par cette célébration pour mener un rigoureux plaidoyer autour du thème « Relier les filles avec un avenir ». S’adressant aux hommes, défenseurs des aspects négatifs de la tradition, il a plaidé en faveur du maintien des filles à l’école. « Le nombre des filles à l’école secondaire est très bas », devait-il faire remarquer avant d’énumérer des femmes qui ont occupé ou occupent encore des grandes responsabilités dans le monde. « C’est parce qu’elles ont fait des hautes études qu’elles ont mérité ces postes tout en étant mères et épouses». Angela Merkel, la Chancelière d’Allemagne, Ogatan, une ancienne responsable de l’UNHCR, Mme Hillary Clinton, la Secrétaire d’État des États Unis, Mme Helen Johnson Shirley, la présidente du Liberia sont entre autres les références qu’il a tenu à citer en exemple. Originaire d’un Sénégal peuplé à 95% de musulmans, Mr Pouye a dit aux hommes de Milé qu’il ne faut pas se cacher derrière la religion pour empêcher les filles de pousser plus loin leurs études, car dit-il, « l’Islam n’interdit pas l’instruction des filles ». Représentant de l’agence de l’ONU qui a le mandat mondial de la protection des réfugiés, le Sénégalais a réitéré la disponibilité de son organisation à prendre les mesures nécessaires pour améliorer les conditions de vie des réfugiés en général et les femmes en particulier à travers la production de l’eau de qualité en quantité suffisante, les services de santé, l’appui aux activités génératrices des revenus, l’éducation.

L’eau, dont la célébrée de la journée a été couplée avec celle de la femme n’a pas été perdue de vue par le chef de bureau de l’UNHCR. « Je suis ravi que la démonstration du traitement de l’eau au chlore soit faite par les femmes », a-t-il déclaré avant de rassurer le Secadev qui a la responsabilité de ce secteur du soutien de son organisation.

Antoine Adoum Goulgué, Le Blog du Secadev

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :