Le respect des droits de la femme suscite une controverse au camp des réfugiés de Milé

A l’occasion de la journée de la femme célébrée au camp de Milé le 15 mars, quatre femmes représentant leurs soeurs réfugiées se prononcent sur la situation de la femme réfugiée. Elles se plaignent d’être victimes de restriction de libertés de la part des hommes.

Les représentantes des femmes, de gauche à droite: Haiga, Dahabaye, Magboullah, Kaltouma


« La forme de violation des droits qui nous préoccupe le plus au camp de Milé c’est l’interdiction de travailler. Quatre femmes réfugiées ont été contraintes par leur maris d’abandonner leur travail alors que ce travail rapporte d’importes sources à leur familles», informe Dahabaye Ibrahim Defallah, présidente de la coopérative des femmes réfugiées de Milé. Selon elle, cette cabale dirigée contre les femmes qui travaillent est l’œuvre d’un groupe qui a peur du changement. « Ceux-ci poursuit-elle font croire aux autres qu’une femme qui travaille ne respecte pas son mari« . La présidente de la coopérative fait ainsi allusion à l’affaire Haiga Abdelkerim qui a fait couler tant de salive. Haiga, une réfugiée mère de sept enfants collabore avec le Secadev comme assistante sociocommunautaire. Un matin, son mari, père de ses trois derniers enfants lui demande d’arrêter de travailler avec l’organisation humanitaire. Elle refuse et se plaint auprès du SECADEV qui saisit la CNAR, l’UNHCR et le DIS. L’affaire est portée devant le Sous-préfet de Guereda qui donne raison à la femme malgré les menaces de mort proférées par son mari. La présidente de la coopérative salue le travail de protection fait par les humanitaires sans quoi Haiga aurait cédé à la pression de son mari. Elle s’inquiète cependant du sort des femmes qui ne sont pas assez courageuses pour contrarier les décisions de leurs maris et préfèrent arrêter de travailler.

La seconde forme de violation des droits décriée par les femmes de Milé sont les violences physiques commises par leurs partenaires ou leurs proches. Des femmes présumées coupables d’infidélité ou de mauvaise conduite supposée sont torturées sans autres forme de procès. « Ils emmènent la femme hors du camp en brousse, lui lient les mains et les pieds, la suspendent à une branche avant de la fouetter avec des lanières » témoigne Haiga qui dit avoir subi ce sort. Et Haiga de conclure : « Pour les hommes de chez nous, une femme n’a pas de droits et beoucoup de femmes vivent dans la soumission totale à leur mari« .
En liaison avec les violences conjugales l’alcoolisme est identifié comme le principal facteur des violences conjugales. « La femme va travailler, l’homme passe son temps à boire de l’alcool. Soûl, il revient à la maison et se met à battre la femme sans raison valables », fait remarquer Kaltouma Moustapha Issa, la plus âgée. L’alcoolisme et ses conséquences deviennent un phénomène préoccupant pour la communauté réfugiée, en particulier les femmes et les enfants. En 2009, Djohara Mahamat, une animatrice du Secadev se souvient que le camp de Milé comptait une quarantaine de point de vente d’alcool de fabrication traditionnelle (Bokodjo) et des liqueurs vendues en sachets appelées Visa.

Ce tableau sombre dressé par les femmes n’est pas approuvé par la Commission Nationale d’Accueil et de Réinsertion des Réfugiés (CNAR), la structure gouvernementale responsable de la gestion du camp “ Nous pensons que la situation sur la protection des droits de la femme au camp de Milé s’est nettement amélioré depuis 2010 après un travail de sensibilisation et d’éducation fait par les partenaires impliqués dans la protection, Secadev, IMC (International Medical Corps),Jesuit Refugees Servive (JRS), CNAR, le Détachement Intégré de Sécurité (DIS), United Nations Hight Commissionner for Refugees (UNHCR). Nous n’avons constaté aucun cas de viol. Les filles sont plus nombreuses à l’école que les garçons. Les femmes sont majoritaires dans les secteurs d’activité du camp ». Le gestionnaire du camp concède “quelques” cas de harcèlement, un cas de femme battue. Les affirmations de la CNAR concernent une période antérieure à 2012. Les violations survenues au premier trimestre de 2012 attendent d’être vérifiés par le DIS responsable des enquêtes. “Nous ne pouvons pas affirmer l’inexistence de violations de droits de la femme mais continuons à informer les femmes du danger qui les guète“. reconnaît-on.

Les chefs des réfugiés à l’image de Hassan Youssouf, adjoint du Cheik suprême des réfugiés de Milé estime que les droits de la femme sont bel est bien reconnus, respectés et protégés. « Notre présence à la célébration de la journée de la femme prouve que nous reconnaissons aux femmes leurs droits qui sont d’ailleurs. Il est vrai, des problèmes d’entente existent dans certains ménages du fait que les femmes et hommes n’ont pas la même compréhension ce que sont les droits de la femme » conclut-il.

Antoine Adoum GOULGUE,Le Blog du Secadev

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :