Camps des réfugiés soudanais: Le viol revient au Gallop !

Une réfugiée victime de viol raconte ce qu'elle a vecu aux animatrices du Secadev


Les réfugiées soudanaises vivant à l’Est du Tchad ne sont pas totalement à l’abri des violences sexuelles malgré les mécanismes de protection mis en place par l’UNHCR et ses partenaires de mise en œuvre. En ce début d’année 2012, les cas de viol commis sur les réfugiées des camps de Guerada (Milé et Kounoungou) vont crescendo.

Le 14 janvier, trois réfugiées soudanaises du camp de Milé se rendaient à la frontière qui sépare le Tchad et le Soudan. A 15 heures, trois cavaliers surgissement de la nature et bloquer leur progression. Alors commence la chasse aux femmes qui tentent de s’enfuir dans toutes les directions. Nouracha Moustapha Brahim, âgée 25 ans, la plus jeune des femmes focalise l’attention des bandits. Ils la rattrapent et la capturent comme un gibier. Les agresseurs lui lient mains et pieds avant de la déportent sur un cheval à 15 km puis la soumettent à une série de viol qui a duré 12 heures.
« Elle nous a dit qu’elle a été violée à tour de rôle par les trois inconnus et n’a été libérée que le lendemain à 4 heures du matin », raconte Eugénie BENAN animatrice sociocommunautaire travaillant pour le Secadev et membre de la cellule Sexual gender based violence (SGBV). « Pendant qu’ils abusaient d’elle, les violeurs se droguaient constamment», précise Eugénie qui cite la victime. De retour au camp, Nouracha s’est présentée au commissariat du DIS. « C’est le lundi que nous avons appris la nouvelle et lui avons rendu visite. Elle était traumatisée et était alitée », poursuit l’animatrice du Secadev. La victime a reçu les soins d’urgence et doit subir un teste de dépistage au VIH/Sida dans les trois mois qui suivent.

Ce viol confirme la tendance à la hausse des violences commises sur les femmes réfugiées. « En janvier et février, nous avons enregistré six cas de viol au camp des réfugiés soudanais de Milé », informe l’animatrice selon qui cette montée du viol est liée au manque de bois de chauffe dans le camp. Chaque mois, l’UNHCR et le Secadev distribuent aux réfugiés une quantité de bois pour couvrir leurs besoins énergétiques, mais le ravitaillement du camp en bois confié à des transporteurs privés se fait difficilement à cause de l’éloignement des sites de collecte. La distribution se déroule avec des jours, voire des semaines de retard. Ne pouvant attendre, les femmes réfugiées sont obligées de sortir du camp pour aller collecter cette matière ligneuse et s’exposent ainsi au viol.

Les cas de viol ne se produisent pas qu’à l’extérieur des camps des réfugiés; il se passe sinon plus, du moins autant de viols dans les camps. Les auteurs sont soit des réfugiés, soit des autochtones. La plus grande difficulté à combattre ce viol interne est que les victimes ne les déclarent pas souvent.

Viols non déclarés, à qui la faute ?

Si le manque de source d’énergie est le premier facteur aggravant, certains pensent que le silence des victimes en est un autre. « Les femmes sont en partie responsables des viols qu’elles subissent lorsqu’elles se taisent. Il est arrivé plusieurs fois que des filles violées nient les faits lorsque nous sommes informés et cherchons à en savoir plus », explique cet humanitaire travaillant camp de Milé. « Selon la coutume, une fille violée est l’objet des railleries de toute la société et attire sur sa famille le déshonneur » explique Habiba Mahamat Fadoul de la cellule SGBV. C’est pourquoi, poursuit-elle les familles, en particulier les mères préfèrent taire le viol de leur fille plutôt que de le dénoncer. En somme, elles ne veulent pas que leurs filles manquent de prétendants sachant que, de coutume, les familles n’acceptent pas que leur fils épouse une fille qui a été violée. C’est pour cette raison culturelle que le viol, et tout ce qui a trait au sexe sont pour cette société des sujets tabous.

Le refus de dénoncer le viol fait que cet acte criminel est en passe de devenir s’il ne l’est pas déjà une pratique banale et injustement tolérée. Bénéficiant de cette situation, les violeurs ne sont guère iniquités et n’hésitent à donner libre cours à leurs pulsions sexuelles chaque fois qu’une occasion se présente.
Il importe d’ajouter comme facteur le fait que la population réfugiée est en majorité féminine, 70%. Même les réfugiées mariées vivent seules au camp lorsque leur maris sont partis s’occuper du bétail ou mener d’autres activités économiques hors du camp. Certaines sont tombées en ceinte et n’ont de justification que le viol. Les maris ne l’entendent pas de cette oreille et les accusent d’infidélité. « Des hommes sont venus vers nous pour savoir à quelle date leur femme a été violée « . Ceci expose les femmes à d’autres formes de violences, physiques, verbales et morales.

Face à cette attitude irresponsable tendant à tolérer les agressions sexuelles, les acteurs humanitaires, au premier chef l’UNHCR agissent en synergie pour susciter une prise de conscience collective du mal qui ronge la société, les femmes les premières. C’est ainsi qu’une cellule SGBV composée de agents du Secadev, IMC (International Medical Corps) et de JRS (Jesuit Refugees Service) est créée dans chaque camp avec pour mission de s’informer de tout cas de viol, apporter l’assistance nécessaire aux victimes et sensibiliser toute la communauté pour inverser la tendance.

Le Secadev qui a la chargé des services sociocommunautaires s’est vu confier le rôle d’éveil des consciences en faveur du respecter et de la protection des droits des femmes à être responsables de leur sexualité plutôt que de la subir. « Pour l’année 2012, 12 mobilisations sociales seront organisées dans le camp de Milé sur divers thèmes notamment les violences faites aux femmes annonce Mimassengar Ardjam, coordonnateur du secteur sociocommunautaire du camp
Les femmes en générale et les femmes réfugiées en particulier font l’objet d’une protection par la communauté internationale. L’un de ces instruments est La Convention des Nations Unies sur 1’é1imination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes a été adoptée le 18 décembre 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle est entrée en vigueur en tant que traits international le 3 septembre 1981 après avoir été ratifiée par 20 pays. En vertu de ce texte, le gouvernement tchadien, l’UNHCR et ses partenaires de mise en œuvre ont l’obligation de protéger les femmes réfugiées.

Antoine Adoum GOULGUE
le blog du Secadev

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