Tchad : une crise alimentaire en vue

La campagne agricole en cours est caractérisée par un retard des pluies constaté en mai juin et juillet. A l’Est du Tchad où intervient le SECADEV, il n’a véritablement commencé à pleuvoir qu’en août. Cette perturbation climatique aura des conséquences sur les activités agricoles en cours.

Haoua Douda dans un champ dont le rendement reste incertain



Le Tchad a enregistré les premières averses de pluies très tôt en juin. Puis rien. Sinon des manifestations sans pluies. Le retard est si remarquable que la direction de la prévision météorologique a fait une déclaration pour expliquer les raisons. Elle a constaté que de mai à juillet, le Tchad a enregistré moins de pluies que l’an dernier. Le déficit pluviométrique s’élève à plus de 200 millimètres au sud notamment dans les localités de Moundou, Sarh et Pala. Au centre et à l’Est du pays, la situation n’est guère différente. Au département du Dar Tama où intervient le SECADEV, le déficit avoisine les 200 millimètres de pluies. De 436, 07 millimètres de pluie en juillet 2010, l’on est passé à 230,60 en 2011. En août la situation s’est améliorée mais entre 2010 et 2011 apparaît un grand écart: 243, 20mm soit 15 jours de pluie en 2010 contre 94,77mm en 2011 soit sept jours de pluie seulement.
La direction de la météorologie explique le phénomène par une montée trop rapide du front intertropical (Fit) qui a atteint le 20e parallèle nord en mai alors que d’ordinaire il atteint cette position en juillet. La montée fulgurante du fit s’est accompagnée d’une faible épaisseur de la mousson (masse d’air humide favorable à la formation des précipitations) soit 1 500 mètres d’altitude alors que le seuil favorable aux précipitations est d’au moins 2000 mètres d’altitude.

Les conséquences sur les activités culturales
Ce retard des pluies a eu pour conséquence directe la perturbation du calendrier agricole. A cet effet, la campagne agricole a démarré avec un retard. Au sud du Tchad, les activités agricoles ont démarré fin juin au lieu d’avril ; au centre et à l’Est, les paysans ont semé en juillet au lieu de Juin.
Les superficies cultivées ont baissé comme l’a constaté Yacoub Garffa, le chef du canton Faré, la raison est soit parce que les paysans sont découragés par la mauvaise pluviométrie, soit encore parce que certaines parcelles ont été abandonnées après que les premières levées ont péri faute de pluie.
« J’ai semé deux fois cette année. La première fois en juin. Malheureusement, ce que j’ai semé a pourri faute de chaleur. J’ai semé mon champ une seconde fois en juillet sans pouvoir couvrir les trois hectares parce que je n’avis plus de semences », dit Haoua Douda, une femme du village Faré (Guereda).
La pluviométrie accentue un autre problème, celui du sol. Selon Rondouba Nékinga Francis, agent d’Agriculture à la délégation du SECADEV à Guereda, les sols favorables aux faibles quantités de pluies sont les sols sableux. Ce type de sols capte et conserve mieux l’humidité et permettent aux cultures d’atteindre leur maturité. Par contre les sols limoneux qu’offrent les ouaddis sont riches mais exigent au moins 400 millimètres de pluies pour être matures.
Les sols sableux ont aussi leurs inconvénients, ils sont pauvres en nutriments. « Les plantes cultivées sur ces terres arrivent à maturité sans atteindre la hauteur et l’envergure souhaitée » renseignent les agronomes. Elles présentent des tiges et des épis peu épanouis et les grains manquent de consistance.

Les actions à entreprendre
Pour l’heure, il est difficile de déterminer l’issue de la campagne en cours. Dans la première décade de septembre, les stations pluviométriques de l’Est ont enregistré deux importantes pluies et les techniciens d’agriculture estiment qu’il faut sinon quatre du moins deux pluies de ce genre pour sauver la saison. EN plus de cela, il faut que les paysans aient sarclé à temps leurs champs pour permettre aux plantes de se développer normalement, informe Roundouba.
Quelle que soit la quantité de pluie tombée en septembre, le Tchad est en passe de connaître vers une baisse de production céréalière.
Au sein du cluster sécurité alimentaire, les acteurs humanitaires envisagent un appui accru aux cultures de contre saison qui donne aux paysans l’opportunité de de créer des revenus à travers la vente ces produits maraîchers.
En 2009, des perturbations climatiques de ce genre ont causé une crise alimentaire dans les localités sahéliennes du Tchad. Les conséquences de cette crise sont les nombreux cas de malnutrition dépisté chez les femmes et les enfants.
Antoine Adoum Goulgué,Le Blog du SECADEV

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