Adama Mahamat, Abandonnée par son père parce que handicapée !

Les enfants paralysés de la poliomyélite comptent parmi les personnes prises en charge au CARK un établissment du SECADEV. Si certains parents se soucient du handicap de leurs progénitures, d’autres invoquent la religion ou la tradition pour renier les leurs. Depuis qu’elle a perdu l’usage de ses deux jambes, Adama, une fillete de deux ans ne bénéficie plus de l’amour paternel.

Adama, apprenant à marcher à l'aide d''un appareil fourni par le Cark

« Ma fille n’avait que huit mois lorsqu’elle a été atteinte de la poliomyélite. Je l’ai emmenée à l’hôpital des Sœurs Notre Dames des Apôtres; elle a reçu des soins intensifs et a survécu mais elle a été paralysée des deux jambes », déclare Eldjima sa mère, le visage attristé.

« Ces sont les Sœurs qui m’ont conseillée d’emmener ma fille au CARK pour la rééducation de ses jambes », poursuit la mère de la fille. Depuis lors, la maman et la petite Adama fréquentent le centre du SECADEV pour bénéficier des séances de rééducation dans l’espoir de donner à la malade la chance de surmonter sa déficience physique.

«Nous venons au centre deux fois par semaine. Je dois payer par mois quatre mille francs CFA en guise frais de prise en charge», dit Eldjima. Grâce à la rééducation et à un à appareil de marche fourni par le CARK, Adama parvient à se tenir debout mais ne peut pas marcher. Elle doit continuer la rééducation jusqu’à l’âge de 5 ans et à cet âge, le centre lui donnera des béquilles grâce à quoi elle pourra aller à la maternelle » </em, dit Adoum Zara Sylvie, la technicienne kinési thérapeute du CARK. L'appareillage qu'elle a reçu à un an d’existence et ne lui convient plus puisqu'elle a grandit. Il faut débourser à nouveau la somme de 15 000f CFA pour lui en procurer un autre et sa mère de s'interroger comment trouver cet argent ?
« Adama pourra abandonner les béquilles lorsqu’elle aura plus de cinq ans après la mise en place des muscles mais à condition que ses parents l’emmènent régulièrement à la rééducation », prévient la kinési thérapeute du CARK. La technicienne rééducatrice s’en doute parce qu’il y a un an, Adama a interrompu la rééducation parce que sa mère l’a emmenée avec elle à Mongo (Guera).

Comme Adama, de nombreux enfants tchadiens sont infirmes. La principale cause de leur déficience physique est la poliomyélite. Malgré les multiples journées de vaccination, le virus sauvage responsable de la maladie rôde encore dans certaines contrées du Tchad. Il rôde parce que tous les enfants âgés de zéro à cinq ans ne sont jamais tous vaccinés lors de ces campagnes. Lorsque ces enfants victimes de la poliomyélite deviennent handicapées, ils n’attendent pas mieux de la société que la marginalisation.

En effet certaines communautés du Tchad considèrent les personnes handicapées comme des citoyens impures et leur réservent le déplorable statut d’infirmes. Certains parents ont honte d’avoir des enfants infirmes et ceux-ci sont souvent abandonné à leur triste sort. Tel a failli être le cas de Adama dont le père géniteur l’a en quelque sorte reniée depuis qu’il a appris qu’elle est devenue handicapée. Et par conséquence, Adama n’a de parent que sa mère Eldjima. Cette dernière, élève en classe de première dépend elle-même de sa mère, vendeuse d’épices habitant le quartier Paris-Congo à N’Djamena.

Le poids de la tradition fait que beaucoup de handicapés vivent leur handicap toute leur vie sans bénéficier de la rééducation.
Éprouvée par ce qui est arrivé à sa fille, la mère de Adama conseille les parents de faire vacciner leurs enfants de zéro à cinq ans contre la poliomyélite pour ne pas mettre leur vie en danger.
Le CARK est un centre du SECADEV spécialisé dans la rééducation fonctionnelle des handicapés et la fabrication des appareils de marche. Cet établissement est situé à l’avenue Bokassa au quartier Kabalaye dont il porte le nom.

Antoine Adoum GOULGUE, Le Blog du SECADEV

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