Abéché: les mentalités à l’égard de la femme ont évolué mais…

La journée internationale de la femme a été célébrée le 8 mars dernier à Abéché, la capitale de l’Est du Tchad. L’on note à cet effet une évolution des mentalités en faveur des femmes.

Le public d'Abéché n'a pas boycotté la célébration de la journée des femmes


« Il y a dix ans, les fille d’Abéché ne pouvaient pas sortir en pantalon sans se faire rappeler à l’ordre par des hommes gardiens de bonnes mœurs », se souvient un fonctionnaire de l’État en exercice à Abéché depuis 15 ans. Abéché a beaucoup changé, puisque nous voyons aujourd’hui des filles et des garçons se tenir parfois publiquement par la main, parce que, une fille issue d’une bonne famille ne peut se permettre un tel acte considéré comme le signe de la prostitution! », Constate-t-il.
En moins de dix ans, la situation a évolué en faveur des femmes et la célébration de la journée internationale de la femme a été le cadre officiel de cette mutation.
Durant les huit jours consacrés par Décret aux manifestations féminines, les femmes se débarrassent des vêtements habituels, le pagne, la robe ou le boubou enfouies sous l’implacable voile pour arborer la tenue du 8 mars. C’est une tenue faite d’un tissu édité spécialement pour la circonstance et qui sert à confectionner des camisoles, des chemises, des pantalons ou des jupes à l’usage des femmes.
Si les femmes mariées prennent le soin de cacher leurs cheveux sous un foulard ou un mouchoir, les filles n’ont plus de scrupule à porter des casquettes et lunettes de soleil voire exhiber leurs cheveux fraîchement frisés et tressés dans un salon de coiffure moderne.
La semaine de la femme tchadienne donnent à la gente féminine d’Abéché l’occasion de participer à une manifesation à caractère public outre que les cérémonies religieuses et familiales.
Lors du défilé organisé par les femmes le 8 mars à Abéché, les femmes ont tenu à exprimer au public composé d’autorités traditionnelles et religieuses détentrices des valeurs traditionelles leur aspiration à jouir pleinement de leurs droits. Deux filles se sont relayées à la tribune officielle pour réclamer plus de liberté, d’égalité et de justice à l’égard de la femme du Ouaddai.

Les facteurs du changement
Beaucoup expliquent ce changement par le fait qu’Abéché devient de plus en plus une ville cosmopolite. La ville abrite depuis le début de la crise humanitaire 2000 ressortissants étrangers et quelque 1 500 travailleurs tchadiens venus d’autres contrées du Tchad dans les rangs desquelles on compte des femmes.
Le système des Nations Unis et leurs partenaires de mise en œuvre ont aussi joué un rôle non négligeable dans l’évolution des mentalités. Ces acteurs, à l’image de la MINURCAT dont le mandat vient de prendre fin ont mené des plaidoyers en direction des chefs traditionnels et autorités administratives en faveur de l’État de droit, l’égalité entre les sexes, le genre, l’accès à l’éducation pour les filles, etc. De plus en plus, l’étau du poids de la tradition se desserre autour du sexe dit faible.

L’arbre qui cache la forêt
Ces signes ne sont que la partie visible de l’iceberg. Les femmes constituent la catégorie la plus défavorisée de la société tchadienne en particulier du Ouadaï. Elles représentent 53% de la population mais sont les plus touchées par la pauvreté parce qu’elles sont en majorité analphabètes et ne peuvent pas être éligibles pour un emploi rémunérateur. De fait, beaucoup d’entre elles dépendent économique de leur maris, ou de leurs parents. D’autres n’ont de recours qu’à l’artisanat, le travail domestique, aux pires des cas à la prostitution avec le risque d’infection par les IST <VIH/SIDA. Les filles sont exposées aux abus de toutes sortes: la rupture de la scolarité, le mariage précoce ou forcé, les mutilations génitales, l’exploitation économique etc.
Le sort de la femme rurale est plus déplorable. Elle n’a pas accès à l’eau, vit dans un habitat précaire et fait face aux graves problèmes de santé notamment des épidémies récurrentes, une maternité à risque…
Sur la scène politique, les femmes du Ouaddai brillent par leur absence à l’Assemblée Nationale.
L’unique femme candidate dans la cisconscription électrale d’Abéché n’a pas été élue à l’issue des dernières élections législatives. Dans l’administration régionale au Ouaddaï, pas une seule femme occupe le poste de Sous-préfet, de Préfet alors que dans d’autres régions du Tchad, de plus en plus des femmes assurent ces fonction.
Les délégations ministérielles dans la région du Ouaddai sont toutes dirigées par des hommes.
Les organisatrices de la journée, au nom des femmes du Ouaddaï ont demandé dans une motion adressée au gouvernement tchadien de privilégier les femmes dans l’octroi des micro-crédits en vue de promouvoir l’entrepreneuriat féminin et combattre la pauvreté.
Antoine Adoum Goulgué, Le Blog du SECADEV

Des filles en casquettes à la 8 mars


Des femmes en tenue de 8 mars

Abéché: Récommandations des femmes du Ouaddai
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Les activités du SECADEV en faveur des femmes à l’Est du Tchad

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