Abbé Bertin Nguetigal plaide pour un nouveau système agricole au Tchad

L’Abbé Bertin Nguétigal est Vicaire Général du Diocèse de Sarh, et Directeur du Belacd. Son organisation est impliquée dans la prévention et la résolution des problèmes de cohabitation entre éleveurs et agriculteurs dans le Moyen-Chari et le Mandoul.

L'Abbé Bertin Nguetigal, Directeur du Belacd de Sarh

Le Belacd de Sarh est créé en 1973 pour assister les populations victimes de la famine provoquée par la grande sécheresse qui a frappé le Tchad cette année-là. C’est le 30 juin 1986 que le Belacd est reconnu comme organisation humanitaire de droit tchadien. De 1973 à 2007, l’intervention du Belacd se faisait par volet d’activités, c’est-à-dire le volet Agriculture et Élevage, l’hydraulique pastorale, le genre et le développement, la micro finance, l’éducation et la santé.

En 2007, le Belacd a été restructuré. Le 31 décembre 2008, cette restructuration a pris fin. Depuis lors, le Belacd est organisé en département au lieu de volets. Nous avons actuellement les départements socio-économique qui s’occupe de toute les questions de développement rural, de sécurité alimentaire (l’Agriculture et l’Élevage), la santé.

Quel rôle joue le Belacd dans la recherche des solutions au conflit Agriculteurs/Éleveurs ?

Notre intervention se fait à travers le département socio-économique qui pilote le programme d’Appui au renforcement de capacités des producteurs. C’est une approche globale par laquelle le Belacd se penche sur les questions de développement, de sécurité alimentaire, notamment la gestion des conflits agriculteurs/éleveurs.

Ce conflit est né de la conjuguaison de deux causes: la raréfaction progressive du pâturage due aux changements climatiques qui poussent les éleveurs à descendre plus au sud. Sur ces terres du sud, vivent les agriculteurs sédentaires en expansion démographique. Les superficies cultivées augmentent ainsi que le nombre des animaux. C’est cette pression sur les ressources qui fait naître le conflit. Cependant la crise démographique et les problèmes climatiques n’expliquent pas tout. Il y a d’autres facteurs qui poussent au conflit. Il y a tout d’abord le phénomène enfants bouviers. Les enfants bouviers sont des enfants des agriculteurs recrutés par les éleveurs pour faire paître les troupeaux. Ce n’est pas habituel pour un fils d’agriculteur dont le père n’a peut-être pas une seule paire de bœufs d’être bouvier. Lorsque cet enfant devient brusquement berger avec 100 bœufs à surveiller, il ne saurait les empêcher de dévaster les champs.
Le second facteur aggravant c’est la mauvaise gestion de ce conflit par les autorités. Il a été démontré que ces autorités, qu’il s’agisse du chef du village, du chef de canton ou du Commandant de Brigade, gèrent le conflit pour en, tirer personnellement profit. Ni l’éleveur, moins encore l’agriculteur n’est satisfait du jugement rendu, et frustrées, les parties optent pour la violence.
L’intervention du Belacd en collaboration avec la Commission Justice et Paix le Réseau de suivi des activités pétrolières au Moyen Chari (Résap-MC) a permis de créer les conditions de cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs.

Nous avons mis en place des comités d’entente mixte et des comités de protection du foncier au niveau des villages. Grâce à ces comités, les deux communautés sont parvenues à une convention locale qui a déterminé les zones et les périodes de culture et le couloir et période de pâturage. L’impact positif est que les agriculteurs récoltent leurs champs au moment indiqué et laissent les éleveurs faire paître leurs animaux.

Nous avons impliqués les autorités pour qu’un texte réglemente la pratique de l’Élevage et de l’Agriculture, parce que la loi en vigueur date de 1969 et n’est plus adaptée.

Que faire dans le moyen et long terme pour garantir la cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs ?

Il faut changer le système agricole actuel. Jusqu’à présent, les paysans pratiquent une agriculture extensive. Ce système nécessite un grand espace pour très peu de rendement. Il faut passer à une Agriculture intensive qui se pratique sur un espace réduit. Le planteur peut ainsi faire plusieurs cultures par saison. Il doit également intégrer l’Élevage dans l’Agriculture. Il doit enfin pouvoir vendre ses produits pour subvenir aux besoins de sa famille.
Il faut aussi un nouveau système d’Élevage avec une autre façon de nourrir le bétail plutôt que par la transhumance. Un Élevage sédentaire permettrait à l’éleveur de nourrir autrement ses animaux.

Où trouver ces moyens pour une Agriculture et un Elevage intensifs

La Renaissance tchadienne est inaugurée et le Belacd adhère totalement à cette initiative. Le moment est venu de se pencher sur les dossiers les plus sensibles du pays. Il faut mettre en place des politiques et mobiliser les ressources nécessaires. Il faut réunir les techniciens et leur donner le moyen nécessaire pour qu’il changent le visage de l’Agriculture et de l’Elevage. Il faut que les revenus du pétrole soient bien gérés et qu’ils servent à jeter les bases d’un développement durable. Il faut une bonne gestion des hommes c’est-à dire, placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et à tous les niveaux.
Tout le monde sait que le pétrole va tarir. Il faut investir dans l’Agriculture et l’Élevage, les deux mamelles de l’économie. Ce n’est plus le temps de beaux discours, mais des actes concrets.
Le Président de la République a dit que le Tchad est le grenier de l’Afrique Centrale. Mais en ce moment il ne l’est pas encore. Il est impératif que le Tchad devienne ce grenier, il faut pour cela un nouvel Elevage et une nouvelle Agriculture.

Propos reccueillis par Antoine Adoum Goulgué, Le Blog de SECADEV

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