Bousso/Ba-Illy, le creuset des migrants internes

Le Département du Loug Chari dont les principales villes sont Bousso et Ba-illy est l’une des terres d’accueil des populations issues des migrations internes au Tchad. Presque toutes les communautés nationales y ont trouvé refuge, contraintes pour la plupart par les aléas climatiques.

Des migrants à N'Djamena Bousso

Naray Haram est un ferik (village d’éleveurs) situé à 20 kilomètres à l’Est de Bousso. La petite communauté nomade vit plongée dans une savane fortement boisée. Campement d’éleveurs, le ferik est composé d’une vingtaine de cases aux toits de chaume. Au sol, on remarque aisément les traces et bouses de vaches. Les troupeaux étaient absents du village en cet après-midi à l’exception des chevaux utilisés pour la monture et les veaux, pas prêts pour parcourir les longues distances. Naray compte une trentaine de ménages, renseigne le chef du férik, Mahamat Hamid. Les traditionnelles cases au mur en tiges cèdent la place aux abris construits en matériaux plus durables: murs en briques, toits en terre battue.
Société des pasteurs, le ferik a adopté il y a cinq ans l’agriculture comme activité économique et manifeste sa volonté de se sédentariser. « Nous comptons nous installés définitivement à Naray, d’ailleurs tous mes enfants sont nés ici et sont maintenant des Baguirmiens« , confie Boulama (chef) Hamid.
Des feriks comme Naray sont légions dans les environs de Bousso. Il y a par exemple Naray Fallata, un férik peul, Touka, Irwa, Doum-Doum, Dolé et Bir Ngasso.
A cheval entre ce hameau et la ville de Bousso, on trouve N’Damena Bousso, un village de migrants originaires du Sud du Tchad. Le village est subdivisé en dix communautés basées sur l’appartenance ethinique. Il y a la communauté Mouroum, Ngambaye, Gadang, Haoussa,etc.

Ba-Illy l’autre pôle d’attraction des migrants
A Ba-Illy et ses environs, il s’est créé des bourgades de migrants comme Bousso. C’est le cas de Ngara Boulala à l’ouest de Ba-Illy où se sont installées plus d’une décennie des communautés du Guera, du Batha, du Ouaddai venues de l’Est et du centre du Tchad. Ces communautés venues du sahel se sont mêlées à celles du sud, en particulier les Marba de la Tandjilé, les Massa du Mayo Kebbi, les Sara et les Gouley du Moyen Chari et du Mandoul, enfin les Ngambaye des deux Logones. Ajoutée à la population autochtone, les Baguirmi, la population actuelle du Loug-Chari est composite. « Les plus importantes communautés ayant migré au Loug-Chari sont les Haoussa, les Arabes, les ressortissants du Guera, du Batha et du Ouaddai, venus du Nord et les gens du sud », indique le sous-préfet de Bousso, Abakar Balla Boukar.
Les migrants venus du sud du Tchad sont d’implantation ancienne et leur arrivée remonte à la période coloniale. « Nos parents sont venus de Bebalem et Benoye (Logone occidental). Ils ont fui les sévisses des colons qui leur ont imposé la culture du coton», dit Djasrangar Guillaume, le jeune chef de la communauté Ngambaye. Les premiers migrants Mouroum ont quitté la Tandjilé pour échapper à la guerre que leur ont imposée les voisins kabalaye » explique Augustin, un maraîcher membre de ladite communauté. Ces premiers migrants venus du sud ont accueilli par la suite plusieurs migrants en provenance de leur terroir d’origine.

Les causes des migrations internes au Loug-Chari
Les migrants venues du Sahel ses ont installés au Loug-Chari après la grande sécheresse des années 1980. « Nous nous sommes installés à Naray Haram depuis 1985. C’était l’année où la sécheresse s’est abattue sur notre village. Il n’y avait pas de nourriture pour les hommes ; pas d’eau ni de pâturage pour les animaux. C’est ainsi que nous avons quitté notre terre pour nous diriger vers le sud », dit le chef de Naray.

Selon Abakar Balla Boukar qui assure l’intérim du Préfet du Loug-Chari(Bousso), ce qui attire les migrants dans le département c’est l’hospitalité des Baguirmiens. Cette hospitalité a permis que les populations qui ont fui la guerre civile de 1979 et la sécheresse soient accueillies et installées sur des terres les plus verdoyantes du Tchad. « Ce qui attire les frères tchadiens chez nous ce sont les potentialités agro-pastorales qu’offre le terroir Baguirmien. Il y a d’abord l’eau, du fleuve Chari et le Ba-illy. Ces fleuves attirent les pêcheurs venus de tous les horizons ; il y a également les terres que constituent les vallées des fleuves pré-cités. Il y a enfin les resserves des forêts qui font de la région un des passages obligatoires de transhumants ».
A l’image du Loug-Chari, la configuration actuelle de la population du Tchad est une résultante de ces fléaux naturels. Les sécheresses de 1973 et 1984 ont marqué les esprits et sont unanimement citées comme les principales causes des migrations internes au Tchad.
Pour aider ces populations issues des migrations, SECADEV a créé une délégation à Bousso en 1985 et travaille depuis lors à promouvoir ce monde rural qui a souffert de la famine.
Antoine Adoum Goulgué,Le Bolg de SECADEV

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