Plaidoyer en faveur du Centre d’appareillage de Kabalaye

Mahamat Bodjingar, Responsable du Cark

Mahamat Bodjingar, Vous êtes à la tête du Cark depuis cinq ans; Présentez aux lecteurs de Info SECADEV ce que c’est le Cark?

Le Centre d’Appareillage et de Rééducation de Kabalaye en abrégé Cark est créé en 1981 sur l’initiative de l’Église Catholique avec l’appui technique du CICR. Le contexte dans lequel est né le Cark est douloureux, parce que 1981 c’était le lendemain de la guerre civile à N’Djamena. La population était dans le désarroi. Les obus tombaient de partout, les balles ont fait de nombreuses victimes. Il y a eu des personnes tuées, d’autres blessées qui ont dû être amputées. Face à cette situation, l’Archidiocèse de N’Djamna a créé à Kousseri (Cameroun) la première antenne du Cark pour secourir les blessés. Lorsqu’il y a eu l’accalmie, l’Église a donné une existence pérenne au centre, vu le rôle que cet établissement devrait jouer. En 1984, le CICR qui a vu l’intérêt de développer une telle activité a apporté sa contribution en recrutant des jeunes qui ont été formés sur place pour faire fonctionner le centre.
Le Cark est structuré en deux départements: le département d’orthopédie et le département de physiothérapie.
Le premier est subdivisé en trois sections (bois et métal, podo-orthèse et la section prothèse). Le département de la physiothérapie fait la rééducation fonctionnelle des malades, tandis que celui de l’orthopédie fabrique des appareils orthopédiques tels que les prothèses, les orthèses les tricycles, les béquilles, etc.

A qui est ouvert le centre et comment est-il fréquenté ?

Le Cark est une institution de l’Église Catholique et comme tel, il est ouvert à toute personne nécessitant une prise en charge orthopédique.
Nous enregistrons en moyenne 60 patients par jour. La majorité de patients sont des militaires et des civils blessées lors des combats et pris en charge par le CICR. Nous accueillons aussi les enfants malades de la poliomyélite, ceux souffrant des IMC communément appelées malformations congénitales. Le centre accueille enfin les anciens malades de la lèpre et les personnes victimes des accidents de la route.
Les personnes prises en charge par le CICR représentent 55%, les employés des institutions de la place, 3% et les personnes sans prise en charge institutionnelle 35%.
Vu le caractère social du centre, nous pratiquons trois types de prix. Aux personnes prises en charge par le CICR, nous pratiquons une tarification avec remise de prix proportionnelle à la valeur de la contribution en composantes orthopédiques que nous apporte le CICR. Par exemple, pour une prothèse tibiale dont la valeur est de 126 615 f, nous faisons une remise de 9 000 qui correspond à la valeur du matériel apporté par le CICR. Aux malades sans prise en charge institutionnelle, nous pratiquons la tarification sociale, c’est-à-dire le malade paye sa prothèse à 35 000 au lieu de 126 615 f. Les patients employés des institutions payent leur prothèse au prix officiel, 126 615 f. Pour la rééducation fonctionnelle, nous facturons 250 par séance et par patient.
Nos agents font aussi le suivi des malades à domicile. Lorsque nous nous rendons compte de l’absence d’un malade à la rééducation, nos agents se rendent dans la famille pour s’en enquérir. Le plus souvent, la raison invoquée est la difficulté de déplacement.

Quels sont les problèmes auxquels fait face le Cark, quelles sont ses perspectives d’avenir ?
Le problème majeur du centre c’est le manque de liquidité. Vis-à-vis de la Direction de SECADEV, le Cark est autonome, puisque depuis 2005, le Cark ne reçoit pas de fonds de la direction de SECADEV. Le partenariat avec le CICR est basé sur l’appui technique et matériel et non financier. Hormis l’ambassade des États Unis d’Amérique, le Cark ne reçoit aucune subvention financière. Or, sans une assistance financière extérieure, le centre ne peut pas supporter ses charges salariales et le fonctionnement. Les recettes seules ne couvrent pas ces charges. C’est pourquoi Je lance un appel à l’endroit des membres du conseil d’administration de SECADEV pour qu’ils se joignent à nous pour la cherche des partenaires financiers.
Le second problème du centre est le vieillissement du personnel. Depuis bientôt 30 ans d’existence, le personnel du centre reste le même et il faut préparer dès maintenant la relève. Nous avons recruté deux jeunes, une fille et un garçon qui ont été envoyés en étude au Togo mais cela ne suffit pas.
Le Cark fait aussi face à la vétusté des équipements : les machines, le groupe électrogène, le moyen roulant, tout est vétuste. De plus en plus les agents ne parviennent pas à faire le suivi des malades à domicile parce qu’il manque de moyen de déplacement.
En termes de perspectives d’avenir, nous voulons diversifier les partenaires financiers du centre. Nous attendons toujours que le CICR nous mette en contact avec de nouveaux partenaires mais en même temps nous devons de notre côté en trouver d’autres. Nous voulons agrandir le centre pour qu’i réponde aux normes internationales. Enfin nous voulons augmenter les ressources humaines pour relever le défi de l’excellence.
Interview réalisée par Antoine Adoum Goulgué parue dans le numéro 016 de Info SECADEV

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