Droit de l’homme: Les filles-mères d’Adré rompent le silence

Lors d’une rencontre avec la représentante de Caritas Belgique, partenaire du SECADEV, les femmes et filles membres du groupement Al minawir (la légalité en Arabe) ont brisé le silence qui les enferme dans leur statut de filles-mères.

Les filles-mères membres du groupement Al Mounawir réunies au centre socio éducatif de SECADEV à Adré

Ce groupement de 21 membres n’a rien de spécial. Les membres sont des femmes vivant dans la ville frontalière d’Adré, porte de sortie du Tchad en direction du monde Arabo musulman. Le groupement Al Mounawir bénéficie de l’appui que SECADEV donne aux 12 groupements dans le cadre des activités de son centre socio éducatif d’Adré. La particularité de ce groupement c’est sa composition. Les membres sont des filles-mères.
« Nous sommes des femmes abandonnées; abandonnées par les hommes, géniteurs de nos enfants, par nos propres parents et par les parents des nos partenaires qui ne nous reconnaissent pas ! Nous sommes reléguées dans l’oubli et le déshonneur. Nous avons marre de vivre dans la clandestinité avec des enfants que personnes ne reconnaît ni ne prend en charge », a déclaré Mariam Dahab, une jeune mère membre du groupement. Ce témoignage pathétique a brisé le cœur de l’envoyée de Caritas Belgique qui a voulu en savoir plus. Les intéressées disent qu’elles sont des femmes sans mari.
Le vocable fille-mère désigne une femme, peu importe son âge qui conçoit un enfant sans avoir été mariée devant l’autorité coutumière et religieuse, le marabout. Toute fille tombée enceinte dans ces conditions est déchue de son statut de fille pour endosser celui de fille-mère. Son enfant endosse celui du batard. Son père biologique le renie en même temps que sa mère et commence pour le couple mère/enfant une vie de clandestinité. Sans reconnaissance, la fille-mère n’a pas le droit d’exiger de son ex partenaire, père de son enfant la moindre prise en charge. Son seul salut c’est d’oublier cette aventure et de recommencer une autre, en espérant que, cette fois-ci la relation se solde par le mariage; chose pas évidente, car le risque en est que si une grossesse survient cet homme préféra sauver son honneur plutôt que de reconnaître une grossesse hors mariage. Et la fille voit ainsi le nombre de ses enfants nés hors mariage s’accroître au fil des ans.
« Au début de la relation, l’homme promet à la fille le mariage mais lorsque survient une grossesse, il se rétracte et l’abonne. Elle en a visiblement le raz-le bol d’autant plus qu’elle porte une troisième grossesse dont l’auteur refuse de reconnaître.
Ces filles et leurs enfants vivent en marge de la société. Vu le tabou qui recouvre le sujet, nul n’a le courage d’en débattre publiquement, de peur de heurter les sensibilités.
Désolées de vivre ce statut peu reluisant, les filles mères n’ont de recours que la communauté internationale qui, espèrent-elles peut faire évoluer leur la situation. « Nous voulons que les organisations des défense des droits de l’homme, non de défense des droits des femmes se penchent sur notre sort », exige la présidente de Al Mounawir, Salwa Ahamat Saleh. La solution consiste selon elle à contraindre ces hommes partenaires des filles-mères à reconnaître leurs enfants. « Une femme ne peut pas d’elle-même mètre au monde un enfant« , note la présidente du groupement
», avant de demander que les hommes doivent partagent avec elles le déshonneur dont elles sont l’objet.
L’une des causes du phénomène filles-mères c’est la pauvreté des familles. Sans éducation sexuelle et sans prise en charge, les adolescentes sont exposées à l’usage précoce de leur sexualité.Elles tombent naïvement dans le piège des hommes complaisamment couverts par la tradition.
Le nombre des femmes sans mari s’accroît lorsqu’on ajoute à la première catégorie les femmes dont les maris sont allés en avanture au Soudan, en Egype ou en Arabie Saoudite ou ceux qui se sont fait enrolés dans les groupes armés.
L’appui de SECADEV aux filles-mères
Abandonnées à elles mêmes, les filles-mères se montrent très débrouillardes et ingénieuses. Elles se sont organisées en groupements notamment Al Mounawir (la légalité) le contraire de la clandestinité.

« Lorsque nous avons appris que le centre socio éducatif de SECADEV aide les femmes démunies à se prendre en charge nous somme venues nous inscrire », dit la secrétaire du groupement, Fatimé Djouma.
Dans le cadre des activités socio éducatives de SECADEV, le groupement Al Mounawir a bénéficié des formations pour la transformation et la commercialisation des produits locaux. Il s’agit de la fabrication de jus de mangue, de confiture de tomate, des spaghettis,etc. Ces produits transformés localement sont vendus sur le marché et les recette vont dans la caisse du groupement.
Il a également reçu de SECADEV un micro crédit pour la commercialisation des produits agricoles. Les braves femmes du groupement Al Mounawir exploitent également des champs communautaires.
Habituées à se débrouiller les filles mères rêvent de faire de leur groupement une coopérative pour gagner plus d’argent. Leur priorité c’est l’éducation de leurs enfants.
Les efforts fournis par ces femmes banies sont récompensés par le SECADEV qui veut fait de leur exemple le groupement modèle.
Antoine Adoum Goulgué,Le blog de SECADEV

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