Inondations au sud de N’Djamena: le calvaire des populations se prolonge

Des habitants en lutte contre les eaux

Ce 20 octobre 2010, Berthe Zara, la quarantaine et mère de cinq enfants a décidé de quitter sa concession que les eaux allaient visiblement envahir. Trois jours et trois nuits durant, elle et ses enfants avaient travaillé à renforcer la digue devant barrer le passage aux eau, mais en vain. La technique employée, toute traditionnelle ne pouvait contenir les flots. Ce matin là, elle faisait sortir à la volée ce qui lui restait de biens. Des gros colis de tasses, de vêtements, peut-être aussi un peu de farine. Ses deux fils, âgés de 13 et 17 ans étaient montés pour arracher le toit sous lequel ils vivaient. « Nous habitons ici depuis six ans mais cela ne nous est jamais arrivé! C’est impensable », disait-elle la voix chargée de désespoir. Elle ordonna aux tous petits de s’enfuir, de peur d’être écrasés par l’écroulement d’un mur: « Elie, prends ta cadette et allez nous attendre chez ta tante Anna , dit-elle. Anna Sa cousine habite le même carré, mais son terrain est plus haut placé. La maison qu’elle a décidé d’abandonner est le fruit d’un dur labeur depuis que son mari a disparu en 1990. Elle devait faire le petit commerce pour élever ses enfants. Elle a fait des économies grâce à quoi son oncle lui a cédé une portion de terrain. « Mes fils et moi avons souffert pour construire cette maison que voici!« , se lamentait-elle.
Comme Berthe et ses enfants,beaucoup de familles ont élu domicile chez leurs proches.
Dans les rues de Walia, à la traversée du pont sur le Chari, les sinistrés, à pied, à moto, en bicyclettes transportaient leurs affaires pour regagner les maisons des parents. « J’ai déjà accueilli deux familles chez moi », dit Jean Noyoma, porte parole des sinistrés qui a vu quatre de ses pièces s’écrouler sous l’action des eaux. « Hier tard le soir, ma fille et son mari ont frappé à ma porte après que leur concession était envahie. Si je refuse de les accueillir, où iront-ils, sachant que ma fille a un bébé de quatre mois ».
Tout le monde à Walia est inquiét. Le jour et la nuit, chacun se renseigne sur l’avancée des eaux. Ce qui oblige les familles à resserer leur rang, les voisins à affermir leur relation. Lorsqu’une concession est menacée, tous les voisins venaient aider le propriétaire à renforcer sa digue parce que chaque concession qui s’écroule expose les voisins au même sort. C’est ce qui devait arriver à Berthe et ses voisins. De proche en proche, et de concession en concession, l’eau a tout rasé autour de la veuve, la contraignant au départ. La dernière concession qui lui servait de barrière venait de s’effondrer dans un bruit assourdissant. Et le cœur de Berte s’est enflé de d’amertume : « ces eaux n’ont elles pas de pitié pour nous les pauvres « , se demandait-elle les mains sur la tête, tant le desespoir la gagnait ».

La colère des sinistrés enfle

Les victimes qui ont été hebergés par leurs proches vivent dans la promiscuité. une seule pièce pour toute une famille. Ceux n’ayant pas trouvé d’hébergeurs sont exposés aux intempéries et n’ont de refuge que les édifices publics souvent avec portes et fenêtresau vent. Pour réinstaller les sinistrés, la mairie de N’Djamena a créé trois sites dont l’un se situe à l’hôpital chrétien Le bon Samaritain, mais aucune tente n’est dressée. Pour les victimes, la lenteur constatée dans l’assistance aux sinistrés est inadmissible.
Où sont passées les organisations humanitaires pourtant nombreuses dans ce pays ? , lançait cet enseignant qui a dû s’absenter des classes pour sauver sa maison. Voilà quatre semaines que nous nous battons seuls contre les eaux des fleuves…
L’ancienne bourgade de Walia a été érigée en 9e arrondissement de N’Djamena en 2005. Dans un cycle de 10 ans, elle est inondée par la crue des fleuves Chari et Logon entre les rives des quels elle est bâtie. Depuis son érection en 9e arrodissement de N’Djamena, aucun chantier d’urbanisation ou d’aménagement n’est entrepris. Le manque de tracé de rues qui retarde la mise en œuvre des constructions des maisons en matériaux durables est un facteur aggravant. Tant que la mairie n’aura pas tracé les routes, personne ne va construire en matériaux dur,, Dit le délégué du quartier Walia Ngoumna, Marc Daouda. Les maisons en Poto-poto (terre battue) ne resistent guère aux eaux, c’est ce qui a aggravé la situation.
La population ne comprend pas que d’autres quartier de N’Djamena ont été restructurés et bénéficient d’ouvrages sociaux (fontaines éclairage public) tandis qu’eux, au 9e arrondissement sont traités comme des laissés pour compte.

Antoine Adoum Goulgué , le bog de SECADEV
Lire d’autres articles sur le sujet
1- Les dégâts
2- Présentation du 9e arrondissement, Le Blog du SECADEV.

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2 Réponses

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